Eye of the Beholder - co-création poétique avec GPT-3

Eye of the Beholder - Expérimentations poétiques avec GPT-3

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Eye of the Beholder

L'expérience

À l'automne 2021, GPT-3 était encore l'apanage des développeurs. ChatGPT n'existait pas. Le grand public ignorait tout de ce qui se préparait. C'est dans ce contexte que j'ai voulu tenter une expérience : co-écrire des poèmes avec une IA, à des degrés divers d'intervention, et les soumettre à des concours de poésie en France — non pas pour tromper qui que ce soit, mais pour poser une question. Un jury peut-il être ému par des vers partiellement algorithmiques ? Et si oui, qu'est-ce que cela nous dit de la poésie ?

Le titre est une triple référence : Shakespeare (beauty is in the eye of the beholder), le jeu vidéo des années 90, et Metallica. Les trois convergent vers la même idée : la beauté d'un texte réside peut-être moins dans son origine que dans la réception qu'en fait le lecteur.

Les textes

Le processus consistait en un dialogue avec la machine. Tantôt je proposais un début, tantôt GPT-3 poursuivait, tantôt je reprenais et modifiais. Chaque poème est né de cette négociation. Voici quelques-unes de ces créations hybrides :


L'Éphémère

Le Soleil se cache et il fait noir ce soir, Mais ce que nous avons vécu ces après-midi Ne passera pas comme si c'était hier Retiens les choses qui te feront sourire Car tout ce qui importe ce n'est pas ce qui vit Ou ce qui demeure à jamais, La beauté qui t'ouvrira les yeux clos Oui tout ce qui importe ce n'est pas ce qui est éphémère Mais ce qui importe ce n'est pas ce qui demeure à jamais Deux amours qui se sont battus Mais ce que nous avons vécu ces après-midi N'est que simplement une étincelle Que ta compagnie renouvelle Le forçant à se comporter différemment Retiens les choses qui te feront sourire Nous étions garçons avant étincelles Nous étions garçons avant étincelles Nous étions garçons avant étincelles Nous étions garçons avant étincelles Combats longtemps pour être grands Pour être grands, pour être grand


Je prends et je garde, je cède et je donne... Je n'ai ni la souplesse de la feuille... Ni la fidélité de la mémoire.

-Les Jours-les mentent- Mon âme-la grande-sautille- Comme les pétales-de la fleur-Belle. Mon corps-il croupit- Assis à la table-ma vieille-bête.


Aujourd'hui je te souhaite

Du bonheur, de l'amour -Qui finiront par s'encorder -Qui cassent, se renouent

De toujours trouver

Une échappée

Un jour de pause

Aujourd'hui je te souhaite

Des rires qui décrochent -Des matins qui s'évaporent -

Des soirs qui seuls

Réveillent

Un souvenir

Le corps est encore là Mais l'âme est partie.


Ce qu'on entend

Ces textes ont une esthétique qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. Ni tout à fait humains, ni tout à fait machines. Les répétitions obsessionnelles de GPT-3 — « Nous étions garçons avant étincelles » quatre fois de suite — créent un effet d'incantation que je n'aurais jamais écrit seul. Les ruptures syntaxiques, les enchaînements inattendus, la façon dont la machine perd le fil puis le retrouve : tout cela produit quelque chose qui ressemble à de la poésie et qui n'en est peut-être pas, ou qui l'est autrement.

Le projet inachevé

Le projet est resté inachevé. Je n'ai finalement pas soumis les textes aux concours. Non par scrupule éthique — la question me semblait et me semble toujours légitime —, mais parce que l'accélération technologique a rendu l'expérience presque banale avant qu'elle n'ait lieu. En novembre 2022, ChatGPT est sorti, et en quelques semaines tout le monde s'est mis à écrire avec des IA. Ce qui était une expérience de frontière en 2021 est devenu une pratique courante en 2023.

Ces textes restent néanmoins un document : ils témoignent d'un moment où la co-création homme-machine était encore une aventure, pas un outil.