Francesco Guardi, « La lagune vers Murano depuis les Fondamenta Nuove » – domaine public, Wikimedia Commons

Mémoires de Venise : choix de textes

Casanova
Littérature
Venise
XVIIIe siècle

Casanova, Giacomo. Mémoires de Venise : choix de textes. Édition établie par Guillaume Simiand ; direction éditoriale de Catriona Seth. 1 vol. Les grands classiques de la littérature libertine 3. Paris: « Le Monde » Garnier, 2010.

Mémoires de Venise : choix de textes

On ne quitte jamais tout à fait Venise quand on s'appelle Casanova. La ville qui l'a produit ne cesse de le poursuivre : elle est le cadre de ses plus éclatants triomphes et de sa plus célèbre évasion, celle des Plombs, la prison sous les toits du palais des Doges qui fera de lui une célébrité européenne. Ses mémoires y reviennent sans cesse, au point que Venise en est moins le décor qu'un personnage à part entière, avec ses humeurs et ses silences.

Comment découper, dans un texte aussi foisonnant que l'Histoire de ma vie, un portrait de la Sérénissime qui ne soit pas une simple anthologie pittoresque ? La question se posait d'autant plus que les passages vénitiens, contrairement à ce qu'on pourrait croire, ne forment pas un bloc compact : ils sont dispersés sur plusieurs décennies de récit, mêlés aux aventures européennes, interrompus par les exils successifs du mémorialiste. C'est cette dispersion même qui les rend précieux. Lus en série, ces textes dessinent une Venise intime, celle d'un homme qui connaît aussi bien les coulisses de la République – ses espions, ses ridotti – que ses fêtes.

J'ai établi ce volume pour la collection « Les grands classiques de la littérature libertine », placée sous la direction éditoriale de Catriona Seth : il rassemble un choix de ces passages vénitiens, accompagné d'un appareil critique qui les replace dans leur contexte historique et littéraire. J'ai retenu ces pages selon un double critère : restituer la densité du rapport entre Casanova et sa ville, et donner à lire des textes dont la qualité littéraire résiste à l'extraction, ce qui n'est pas toujours le cas dans un récit dont la force tient souvent à l'accumulation et au rebondissement.

On y retrouve, entre autres, l'évasion des Plombs telle que Casanova la raconte, avec ce mélange caractéristique de précision factuelle et de jubilation rétrospective ; les scènes de carnaval où le masque abolit provisoirement les hiérarchies sociales ; les démêlés avec les inquisiteurs d'État, dont la surveillance patiente et méthodique finira par rattraper l'aventurier. On y lit aussi des moments plus discrets : des retours dans une ville qui a changé pendant l'absence de son fils prodigue, des retrouvailles teintées de mélancolie avec des lieux et des visages que le temps a altérés.

On chercherait en vain, dans ces pages, la Venise des vedutisti ou du Grand Tour : c'est une ville vécue de l'intérieur, par un homme qui en connaît les codes parce qu'il les a transgressés. L'édition en restitue la saveur.