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[5 – Introduction]

[Le texte suivant est extrait de l’ouvrage Casanova dans l’Europe des aventuriers, il est reproduit par l’auteur avec l’autorisation de l’éditeur (tous droits réservés). Citer cet extrait: Guillaume Simiand, Casanova dans l’Europe des aventuriers, Paris : Classiques Garnier, 2017, p. 30.]

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Plombs, au moment de son arrivée à Paris ; dès 1787, il écrit dans son Histoire de ma fuite des prisons de la République de Venise : « Ce coup de bonheur [on l’emmène gratuitement à Paris après son évasion des Plombs] me fit prévoir toutes les grâces que la déesse se plairait à me faire dans la carrière d’aventurier, sur laquelle je devais me mettre : elles furent excessives, mais je n’en ai pas fait bon usage ; j’ai démontré par ma conduite que la fortune se plaît à favoriser ceux qui abusent de ses bienfaits[1]. » Stefan Zweig déjà soulignait l’importance de ce choix revendiqué : « Et il faut croire Casanova quand il nous dit qu’il est devenu aventurier uniquement non par besoin d’argent et peur du travail, mais par tempérament, poussé par un génie irrésistible[2]. »

Ce génie de l’aventure pousse entre autres Casanova à la rencontre de ses pairs. L’Histoire de ma vie nous montre que les aventuriers du  XVIIIe siècle forment un petit milieu, que le Vénitien fréquente avec assiduité. Casanova n’exagère presque pas lorsqu’il revendique auprès de son ami Lamberg une connaissance directe de tous ceux qui, dans son siècle, ont atteint la notoriété sous le nom d’aventurier. On verra dans ces pages que les membres de ce petit cénacle constituent un ensemble disparate, aux contours flous, mais suffisamment homogène pourtant pour que tous ses membres ou presque se connaissent, ou, à défaut, se reconnaissent. La relative homogénéité de comportement que l’on observe dans leur univers se retrouve souvent dans les discours d’auto-légitimation de ceux d’entre eux qui choisissent d’écrire, et, plus largement, dans la vision du monde qu’ils professent. Un des rares aventuriers importants de son siècle que Casanova n’ait, semble-t-il, pas côtoyé, est Fougeret de Monbron, auteur du Cosmopolite, récit autobiographique dont le titre pourrait s’appliquer aux mémoires de tous les aventuriers de leur temps. Si le tempérament atrabilaire de son auteur n’est guère représentatif d’une caste plutôt portée à l’optimisme, ses positions de principe rappellent fortement celles de Casanova :

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[1] Histoire de ma fuite des prisons de la République de Venise, qu’on appelle les Plombs, Allia, 1999, p. 208.

[2] S. Zweig, Trois poètes de leur vie : Stendhal, Casanova, Tolstoï, LGF, 2003, p. 146.