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[17 – Introduction]

[Le texte suivant est extrait de l’ouvrage Casanova dans l’Europe des aventuriers, il est reproduit par l’auteur avec l’autorisation de l’éditeur (tous droits réservés). Citer cet extrait: Guillaume Simiand, Casanova dans l’Europe des aventuriers, Paris : Classiques Garnier, 2017, p. 30.]

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Malgré tous les efforts pour produire une véritable phénoménologie de l’aventurier, entendu comme individu rassemblant un certain nombre de pratiques caractéristiques (jeu, voyage, position sociale mal définie, évasion éventuelle, démêlés avec la justice, etc.) et de traits de tempérament partagés (l’habileté, comme on disait alors, à « saisir l’occasion par les cheveux »), le flou reste donc comme constitutif de leur espèce[1]. En effet, force est de constater que la somme de traits caractéristiques sur laquelle tombent d’accord critiques et contemporains pose un problème de limites : est-on encore (ou déjà) un aventurier si l’on n’a fait que voyager, ou que jouer ? Bien peu d’hommes au  XVIIIe siècle susceptibles d’écrire leur propre vie n’ont fait ni l’un ni l’autre. Partant, on risque de constituer une simple liste de figures interlopes, intéressantes mais inclassables, dont l’appartenance à la catégorie des aventuriers, jamais frontalement analysée, pourrait n’être qu’une pétition de principe. Cette tendance peut conduire à élargir ou à rétrécir suivant les besoins une définition qui ne tarde pas à montrer la même plasticité que les fuyants objets qu’elle désigne. Comme l’écrit S. Roth à propos de sa propre démarche, « Nous avons pris délibérément le parti de nous fonder sur la multiplicité, non sur un seul ou quelques exemples, pour mieux montrer la concordance des observations et parce que, dans cette première approche d’un domaine étonnamment neuf, on ne saurait qu’esquisser les monographies[2]. » Monographies, on le comprend, qui traiteraient singulatim de chacun de ces aventuriers.  C’est à ce second temps du travail critique que l’on s’attelle ici : retrouver le général par le particulier. D’où les allers-retours que nous allons opérer entre Casanova et la figure de l’aventurier : c’est à partir de ce qui fait de lui un type dans l’autoportrait que sont ses mémoires, que nous pouvons dessiner les contours d’un idéal-type, dont se rapprochent plus ou moins ses épigones. Suzanne Roth suggère d’ailleurs indirectement cette démarche, à l’orée de son ouvrage : « Mais les vrais aventuriers existent-ils ? Si l’on excepte Casanova, qui en fut le parangon, où trouver l’aventurier idéal[3] ? »

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[1] Cette liste des traits caractéristiques de l ’aventurier en témoigne : « l ’éducation collégiale, l’errance à travers l’Europe, les tentatives illicites pour se procurer l’aisance matérielle qui leur manque, que complètent des dispositions subjectives plus difficiles peut-être à cerner, mais que le rapprochement des individus dégage avec évidence. » S. Roth, Les Aventuriers au  XVIIIe siècle, Éditions Galilée, 1980, p. 285.

[2] S. Roth, Les Aventuriers au  XVIIIe siècle, Éditions Galilée, 1980, p. 18.

[3] S. Roth, Les Aventuriers au  XVIIIe siècle, Éditions Galilée, 1980, p. 17.