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[14 – Introduction]

[Le texte suivant est extrait de l’ouvrage Casanova dans l’Europe des aventuriers, il est reproduit par l’auteur avec l’autorisation de l’éditeur (tous droits réservés). Citer cet extrait: Guillaume Simiand, Casanova dans l’Europe des aventuriers, Paris : Classiques Garnier, 2017, p. 30.]

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Après cette vision énergique de l’aventurier placé sous le signe de l’excès, de la vitalité, d’une certaine marginalité sous l’hyperintégration apparente, et, dernier trait caractéristique, d’un certain goût pour le bonheur[1], Alexandre Strœv renouvelle profondément le sujet en 1997 avec Les Aventuriers des Lumières. Prenant à bras-le-corps un vaste corpus, il met cette fois la question du voyage, voire de la dromomanie, au cœur de son investigation. Pour organiser ces figures hétéroclites, disparates, il choisit, comme S. Roth, d’articuler sa réflexion en archipel thématique, mettant en évidence l’importance essentielle de la notion d’espace dans la constitution de l’image de l’aventurier. Examinant successivement l’espace social, où les aventuriers passent sans cesse de l’ombre à la lumière, entre espionnage et coups d’éclats, l’espace littéraire, puis l’espace géographique, son analyse souligne la frénésie de mouvement qui agite ces personnages. A. Strœv propose lui aussi en préface une critériologie explicite, essentiellement fondée sur trois points : un itinéraire social qui, comme chez S. Roth, conduit d’une naissance obscure à une mort obscure, la nécessité pour l’aventurier d’être aussi un homme de lettres, et, dans le cadre du thème qu’il choisit de traiter, un rapport avec la Russie.

Ce dernier critère, si l’on tient compte du tropisme qui conduit immanquablement les aventuriers vers les puissances émergentes en Europe, les zones de croissance économique accélérée, fait sens : en ne retenant que les aventuriers qui ont fait le voyage de Moscou ou de Saint-Pétersbourg[2], on sélectionne aussi ceux qui présentent la dromomanie la plus énergique, ou l’ambition la plus dévorante.

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[1] S. Roth, Les Aventuriers au  XVIIIe siècle, Éditions Galilée, 1980, p. 53.

[2] On pourrait aussi prendre en compte, avec le même critère, le Berlin de Frédéric II, où Casanova se rend à plusieurs reprises dans l ’espoir d’obtenir une place.